Premier
contact avec l’Inde, Calcutta… On m’avait prévenu, je m’étais préparée, mais
quel choc je prends. Je retrouve cet étonnement constant, mes yeux regardent
partout, probablement écarquillés, je voudrais tout prendre en photo tellement
cette ville grouille et m’hallucine.
J’arrive à
l’aéroport et déjà j’entends retentir tous les klaxons de la ville et devant
moi des dizaines de taxis attendent patiemment leurs clients. On se croirait
replongé dans les années 60, tout y est, les chemises, les moustaches, le
modèle des voitures et déjà une atmosphère particulière se fait sentir. Tous
les chauffeurs attendent, assis là où ils peuvent. Mon chauffeur a les yeux
bleus (ce qui rare dans ces contrées), fière de me préciser que s’il y a
toujours le plastique sur tout les sièges, c’est que son auto est neuve (oui je
veux bien, mais ça va pas m’aider à avoir moins chaud !). On papote
pendant le trajet, il est célibataire et m’invite rapidement chez lui pour mon
prochain séjour à Calcutta (oula bonhomme, c’est gentil mais tu vas vite en
besogne!! me dis-je). Au moment de payer, il s’avère être un bel arnaqueur,
comme beaucoup d’indiens qui potentiellement vont vous vendre quelque chose.
Mais je fais l’impasse sur l’arnaque, je ne vais pas m’énerver d’entrée de jeu
quand même !!
Une
fois à bord du taxi, c’est parti pour une plongée dans la circulation
indienne ; tu trouves qu’Hanoï c’est le bordel, et bien viens faire un
tour à Calcutta !! Des taxis jaunes, des rickshaws verts et jaunes, des
bus bariolés, des camions, des pousse-pousse tirés par des mecs à moitié nus et
bien souvent pieds nus, des vélos, des voitures, des piétons, des chiens et
parfois même une vache, et bien sûr personne ne s’arrête jamais !! Un beau
merdier, des Tata dans toutes leurs déclinaisons, tata qui transporte des
marchandises, tata qui trimballe des touristes, des riches, des grosses tatas,
des petites tata, tata qui emmène le peuple entassé. Tata c’est le constructeur
automobile (rien à voir avec Moustachatte), qui visiblement a le monopole en
Inde. Et tout ça sur fond de klaxons constant au milieu duquel on entend des
voix gueulant je ne sais quelle insanité ou quelle information.
Tout semble
allait toujours très vite, les pauvres, les riches, tous font leur vie sans
prendre le temps de s’arrêter et ça se bouscule, chacun se faufile là où il
peut pour se frayer un chemin au milieu de cette fourmilière. Se promener (au
sens lao du terme, c'est-à-dire lentement) est quasiment impossible, toute
sortie dans la rue est une véritable course à obstacles, entre la petite
échoppe qui déborde allègrement sur le trottoir, le vendeur ambulant qui a
étendu ses fruits, légumes, fringues à même le bitume, les mecs qui puisent de
l’eau à la fontaine pour ensuite se laver toujours sur ce même trottoir, les
gens qui y dorment avec ou sans lit, les constants travaux et évidemment les
millions d’indiens qui, comme vous, on décidait d’aller prendre
« l’air » ou manger un bout, autant vous dire que l’utilisation du
trottoir n’est pas évidente !! Le problème est que marcher sur la route
est un sport encore plus dangereux, on risque sa vie à tout instant ou de
perdre un bras car comme je l’ai dit plus haut personne ne s’arrête poliment
pour vous laisser la place !!
Une fois la
fluidité dans le déplacement acquise, nous, femmes, devons faire face à une
autre forme de nuisance ; le problème libidineux de nos amis les indiens
(pour quelle raison ?? j’étudie encore la question). Tous les regards sont
braqués sur nous, blancs, et sur nos poitrines, nous femmes blanches. Il n’est
pas rare non plus d’entendre des « huuuummmm nice » ou « fuck
you » « you want to fuck with me ?? » sortant de la bouche,
à la moustache naissante, de jeunes ados pré-pubères. Et évidemment dans ce
bain de foule constant, étrangement les mains traînent et peuvent
malencontreusement se retrouver sur vos fesses ou vos seins, mais un regard
noir et une remarque un peu forte renvoient rapidement nos
« perturbateurs » dans les saris de leur mère.
Ce qui
m’étonne dans ce tumulte, c’est la présence quasiment exclusive des hommes,
dans les boutiques, dans les hôtels, dans les laundry service, dans les restos,
des hommes toujours des hommes, mais où sont les femmes ??? Des femmes au
foyer me dit-on, mais quand elles sont de sorties, on les remarque, toutes en
couleurs dans leur sari, leur bijoux dorés et leur point sur le front, pas une
tenue est identique, ce qui donne un spectacle assez sensationnel.
A Calcutta
apprenons à revoir à la baisse nos critères d’hygiène. Tu trouves que le métro
sent parfois l’urine ; viens faire un tour à Calcutta !! Ici ce n’est
pas parfois que ça sent mais à peu près partout et estimes toi heureux, si ça
ne sent que l’urine !! Entre pot d’échappement, épices, odeurs de fritures
et matière fécale, mon nez en perd tous ses repères !! Heureusement j’ai
rencontré, un matin, un presque lady boy qui m’a aspergé de son parfum, par
solidarité féminine probablement !! Ce qui m’a bien rendu service lorsque
les odeurs devenaient insoutenables.
Mon premier
jour, après une arnaque au thé, je rencontre Taslim, un jeune puceau sauvage,
avec qui je sympathise et qui deviendra mon guide pour ces 3 jours dans la
grande ville. Il m’emmène partout, le Victoria mémorial (encore une œuvre de
mégalo), le temple de Kali, le marché, les petites échoppes, les petits restos
(fréquentés que par des hommes encore) dans les parcs, les rues de la ville. Il
insiste pour être mon chevalier servant, le premier jour c’est mignon. A la 4ème
déclaration d’amour, je trouve ça inquiétant !! J’ai beau mettre les
choses au clair, le jeune poulain ne semble pas comprendre que « non on ne
fera juste un peu kissing » et que « non, tu ne viendras pas à mon
hôtel ». A la 10ème déclaration, je commence à trouver ça
franchement relou et à la 20ème, je suis à bout, il est temps que je
quitte la ville !! Encore une belle pioche de Béné le boulet.
Départ larmoyant
(pour Taslim) et direction Darjeeling (mais pas en train).