samedi 27 avril 2013

Varanasi – वाराणसी



Je sors de ma guest-house réconciliée avec les indiens, repensant à ma troupe de comédiens rencontrée dans le train et faisant une croix sur l’arnaque de la veille.
            La chaleur se faisant moins étouffante, je me préparais pour la plongée dans la ville sacrée. On m’en avait tellement parlé, j’étais impatiente de la découvrir.
            Et comme bien souvent en Inde, à peine avais-je mis le pied dehors, qu’un homme m’alpague. Cet homme, aux ongles bien trop sales (va savoir quel est son métier, me dis-je), parvient à m’expliquer en 3 phrases, qu’il est interdit de photographier les ghats et le golden temple. Et me fait signe de le suivre, je ne sais pour quelle raison, probablement emportée par cette vague mystique, je l’ai suivi dans ce labyrinthe de ruelles, slalomant au milieu de tout ces hommes, vaches, bouses, détritus et tentant désespérément de ne pas perdre mon « guide ». Cette frénétique course s’acheva au milieu du manikanikan Ghat, le lieu principal d’incinération des morts. Et je me retrouve là, au milieu de tous ces hommes endeuillés (les femmes n’ont pas le droit d’assister à la cérémonie), au milieu de ces corps enfouis dans des brasiers. La chaleur m’étouffe, l’odeur d’urine me prend à la gorge, et j’écoute à peine cet homme, m’expliquer les processus d’incinération. Je suis juste plantée là, abasourdie, regardant pudiquement ces morts enroulés dans des tissus oranges, rouges, tous ces corps plongée dans le Gange sacré. J’observe ce fourmillement d’hommes qui prient, qui travaillent.
            Ensuite, c’est Rahul qui prend le relais, un jeune indien qui bosse dans le textile et qui prétend fournir Sonia Rickiel en soie, encore un baratineur, me dis-je, qui va m’entraîner dans son shop, qui va me faire des yeux de chien battu et me refourguer des fausses soies. Le garçon est collant !! Pas évident de le semer, mais Rahul s’avère être une bonne compagnie, pas d’entourloupe, il me balade dans la ville, me raconte l’histoire des lieux, de sa religion. Il me sert de guide dans les ruelles, à chaque maison, son temple. Et j’écoute patiemment ses histoires, comprends la motié, hoche poliment la tête et admire toutes ces bâtisses à l’architecture des maharadjas.
            Après le dîner, c’est un autre indien que je recroise et qui insiste pour me raccompagner, en moto ce coup-ci. Why not !!.... Grosse erreur, se déplacer dans les rues à pieds est déjà sportif alors en moto…. Ce sont un enfant, une vieille, un taureau qu’on a failli écraser, 15 presque chutes de moto et une grosse frayeur, la moto c’est sympa, mais une fois suffira !!


            Je passe ces quelques jours à me balader dans ces ruelles, rarement seule, me faisant toujours ouvrir des thés, des conversations. Et je m’imprègne de cette ville sainte, où l’hindouisme y est originel, les gens pieux. Je découvre les rituels de prières (puja) au bord du Gange, les festivités dans les rues, la ferveur au temple, le profond respect qu’ils ont pour leurs Dieux. Mais toujours ces paradoxes indiens ; On ne jette rien directement dans le fleuve, car il est sacré, par contre aucun problème pour tout mettre par terre, ce qui indéniablement se retrouvera dans le Gange ; On respecte les vaches, qui sont, elles aussi, sacrées, elles peuvent rentrées dans les maisons, squattées les rues, les trottoirs, par contre on les nourrit à peine et on les laisse manger toutes les sacs plastiques et autres détritus. Et les femmes dans tout ça ?? Elles sont l’objet de désir, la mère, une balance dans la religion, probablement un peu marâtre. Mais cachées des pieds à la tête, rarement seule dans la rue, trop « folles » pour assister aux incinérations, pas autorisées à danser en public, pas suffisamment intelligente pour participer aux conversations bref tout à fait à l’image des femmes de la télé !!

Nous avons également du faire face à quelques désagréments, la pluie par exemple, rien de bien grave me direz-vous jalousement après l’hiver interminable. Mais comme je l’expliquais plus tôt, par jour sec, il faut slalomer entre les bouses, respirant par la bouche pour oublier les odeurs d’urines, risquant ainsi à chaque instant d’avaler l’une de ces milliards de mouches qui squattent bouses et déchets. Et bien par jour de pluie, l’eau transforme tout ce merdier en une boue glissante et répugnante. Il est alors impossible de se promener en ville sans être recouvert de merde des pieds à la tête. Par jour de pluie, pour ta survie, reste au fond du lit.
            Autre désagrément, les singes qui ont investi la ville, trop mignon d’observer leur vie sur les toits, comme ils volent les légumes, …, trop mignon, jusqu’au jour où vous vous retrouvez dans un escalier étroit, entouré par une meute de singes pas contents, montrant les dents, attrapant vos vêtements, vos bras. « surtout ne souris pas, ne montres pas tes dents » me dit Agathe « ça n’a pas l’air de marcher cette technique, pensais-je, ils ont l’air de plus en plus nombreux et de plus en plus excités non ?? » C’est finalement saines et sauves qu’on s’est sortie de cette affaire, en rasant les murs, les jambes flageolantes, le rire nerveux, avec une trace de main de singe sur mon bras et les cheveux un peu ébouriffés pour Agathe !! 

            Bref pour reprendre un slogan connu (parce que je ne trouve pas de conclusion à cette histoire) : Si c’est Varanasi, j’y vais aussi madame !!

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire