Je sors de ma guest-house
réconciliée avec les indiens, repensant à ma troupe de comédiens rencontrée
dans le train et faisant une croix sur l’arnaque de la veille.
La
chaleur se faisant moins étouffante, je me préparais pour la plongée dans la ville
sacrée. On m’en avait tellement parlé, j’étais impatiente de la découvrir.
Et
comme bien souvent en Inde, à peine avais-je mis le pied dehors, qu’un homme
m’alpague. Cet homme, aux ongles bien trop sales (va savoir quel est son
métier, me dis-je), parvient à m’expliquer en 3 phrases, qu’il est interdit de
photographier les ghats et le golden temple. Et me fait signe de le suivre, je
ne sais pour quelle raison, probablement emportée par cette vague mystique, je
l’ai suivi dans ce labyrinthe de ruelles, slalomant au milieu de tout ces
hommes, vaches, bouses, détritus et tentant désespérément de ne pas perdre mon
« guide ». Cette frénétique course s’acheva au milieu du manikanikan
Ghat, le lieu principal d’incinération des morts. Et je me retrouve là, au
milieu de tous ces hommes endeuillés (les femmes n’ont pas le droit d’assister
à la cérémonie), au milieu de ces corps enfouis dans des brasiers. La chaleur
m’étouffe, l’odeur d’urine me prend à la gorge, et j’écoute à peine cet homme,
m’expliquer les processus d’incinération. Je suis juste plantée là, abasourdie,
regardant pudiquement ces morts enroulés dans des tissus oranges, rouges, tous
ces corps plongée dans le Gange sacré. J’observe ce fourmillement d’hommes qui
prient, qui travaillent.
Ensuite,
c’est Rahul qui prend le relais, un jeune indien qui bosse dans le textile et
qui prétend fournir Sonia Rickiel en soie, encore un baratineur, me dis-je, qui
va m’entraîner dans son shop, qui va me faire des yeux de chien battu et me
refourguer des fausses soies. Le garçon est collant !! Pas évident de le
semer, mais Rahul s’avère être une bonne compagnie, pas d’entourloupe, il me
balade dans la ville, me raconte l’histoire des lieux, de sa religion. Il me
sert de guide dans les ruelles, à chaque maison, son temple. Et j’écoute
patiemment ses histoires, comprends la motié, hoche poliment la tête et admire
toutes ces bâtisses à l’architecture des maharadjas.
Après
le dîner, c’est un autre indien que je recroise et qui insiste pour me
raccompagner, en moto ce coup-ci. Why not !!.... Grosse erreur, se
déplacer dans les rues à pieds est déjà sportif alors en moto…. Ce sont un
enfant, une vieille, un taureau qu’on a failli écraser, 15 presque chutes de
moto et une grosse frayeur, la moto c’est sympa, mais une fois suffira !!
Je
passe ces quelques jours à me balader dans ces ruelles, rarement seule, me
faisant toujours ouvrir des thés, des conversations. Et je m’imprègne de cette
ville sainte, où l’hindouisme y est originel, les gens pieux. Je découvre les
rituels de prières (puja) au bord du Gange, les festivités dans les rues, la
ferveur au temple, le profond respect qu’ils ont pour leurs Dieux. Mais
toujours ces paradoxes indiens ; On ne jette rien directement dans le
fleuve, car il est sacré, par contre aucun problème pour tout mettre par terre,
ce qui indéniablement se retrouvera dans le Gange ; On respecte les
vaches, qui sont, elles aussi, sacrées, elles peuvent rentrées dans les
maisons, squattées les rues, les trottoirs, par contre on les nourrit à peine
et on les laisse manger toutes les sacs plastiques et autres détritus. Et les
femmes dans tout ça ?? Elles sont l’objet de désir, la mère, une balance
dans la religion, probablement un peu marâtre. Mais cachées des pieds à la
tête, rarement seule dans la rue, trop « folles » pour assister aux
incinérations, pas autorisées à danser en public, pas suffisamment intelligente
pour participer aux conversations bref tout à fait à l’image des femmes de la
télé !!
Nous avons
également du faire face à quelques désagréments, la pluie par exemple, rien de
bien grave me direz-vous jalousement après l’hiver interminable. Mais comme je
l’expliquais plus tôt, par jour sec, il faut slalomer entre les bouses,
respirant par la bouche pour oublier les odeurs d’urines, risquant ainsi à
chaque instant d’avaler l’une de ces milliards de mouches qui squattent bouses
et déchets. Et bien par jour de pluie, l’eau transforme tout ce merdier en une
boue glissante et répugnante. Il est alors impossible de se promener en ville
sans être recouvert de merde des pieds à la tête. Par jour de pluie, pour ta
survie, reste au fond du lit.
Autre
désagrément, les singes qui ont investi la ville, trop mignon d’observer leur
vie sur les toits, comme ils volent les légumes, …, trop mignon, jusqu’au jour où
vous vous retrouvez dans un escalier étroit, entouré par une meute de singes
pas contents, montrant les dents, attrapant vos vêtements, vos bras. « surtout
ne souris pas, ne montres pas tes dents » me dit Agathe « ça n’a pas
l’air de marcher cette technique, pensais-je, ils ont l’air de plus en plus
nombreux et de plus en plus excités non ?? » C’est finalement saines
et sauves qu’on s’est sortie de cette affaire, en rasant les murs, les jambes
flageolantes, le rire nerveux, avec une trace de main de singe sur mon bras et
les cheveux un peu ébouriffés pour Agathe !!
Bref
pour reprendre un slogan connu (parce que je ne trouve pas de conclusion à
cette histoire) : Si c’est Varanasi, j’y vais aussi madame !!
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