vendredi 17 mai 2013

Udaipur - उदयपुर


              Grace à l’aide d’une écossaise habituée d’Udaipur et de ses environs, qui me rencarde sur une guest-house, c’est Ziguouiguoui « Hélène et les garçons » qui vient me chercher à la gare ; Chemise en Jean’s, boucles d’oreilles, cheveux rasés et houpette longue, grosse moto, tout y est, je me sens tel johanna dans les bras de cricri d’amour !!! Comme c’est la saison basse, Manish (c’est son nom) a beaucoup de temps, et s’avère être un très bon guide. La ville est paisible, avec ces lacs, son palais, les indiens sont fières de vous dire que c’est la ville la plus romantique d’Inde. Peut être un peu trop touristique à mon goût, beaucoup de boutiques de souvenirs, de resto et de guest-house. Mais il s’en dégage toujours une spiritualité, des vaches sacrées à tous les coins de rue et dans chaque conversation reviennent les notions de Karma, de fatalité, de chances à saisir, les indiens sont loin d’appliquer notre bien connue, procrastination, alors je passe mes journées à écouter toutes ces histoires, ces philosophies de vie, à chaque rencontre sont lot de réflexions sur la vie. A chaque balade, une nouvelle rencontre, un autre thé, une nouvelle conversation, je ne me lasse pas de ce quotidien toujours différents, comme ils disent, chaque jour est unique et ne reviendra pas.



Mariage Rajput - शादी राजपूत

Ma décision était prise, après 10 jours, je devais quitter Udaipur, et comme toujours, c’est ce moment que ziguouiguoui cricri d’amour a choisi pour m’inviter à un mariage. Les indiens passent leur temps à me dire qu’il ne faut pas rater sa chance. Donc pour une fois, je suis leur conseil, et décide que non, je ne raterais pas l’occasion de participer à un mariage au rajasthan. Le Rajasthan est l’un de ces endroits, encore très traditionnel où les mariages sont arrangés, les hommes et les femmes séparés pendant la noce et le problème du mariage précoce est prégnant. Dans mon cas, il s’agit  de la caste des rajput (guerriers), le mariage est effectivement arrangée mais les protagonistes n’ont pas 14 ans comme dans certains cas de figures.
            Nous arrivons donc dans le village, ma présence est visiblement une surprise pour les invités, mais bonne surprise, leur sens de l’hospitalité est inégalable, je me sens donc rapidement comme à la maison !! Les regards que je décèle derrière tous ces voiles colorés sont d’abord plein de curiosité mais très vite des dizaines de sourires jaillissent. Ces femmes tirent sans cesse leur voile, pour cacher leur visage, mes yeux scrutent, espérant apercevoir des parcelles de visages nus, je suis vite conviée à m’asseoir au milieu de toutes, prenant part, le sourire aux lèvres, à leurs chants, leurs danses. Beaucoup de joie de vivre et de complicité émanent de tous ces rituels.
            Pour me fondre dans le décor, j’avais pris soin d’emprunter un sari à une amie de Manish. Le problème du sari, c’est que pour une européenne, l’enfiler seule est mission impossible. Heureusement 15 femmes de la noce se font un plaisir de me prêter main forte. On est 15 dans une pièce de 10m², il est 14h, il doit faire 38°C, j’ai ma bouée blanche  à l’air (merci le sari), et des mains qui se baladent sur mon corps, trop d’yeux qui me regardent, j’ai chaud, très chaud, suis probablement écarlate, parfaitement à l’aise au milieu de ces inconnues. Après les derniers conseils beauté, « tu devrais mettre tes cheveux comme ça », « ah tu n’as pas de bijoux, mais pourquoi ?!! », on finit par quitter la pièce. Ma sortie est digne de celle du princesse, je ne rêve que d’une chose, partir me cacher dans un coin et fumer une clope. Mais non, désormais indienne, il est temps d’aller danser, pas évident avec 6 m de tissus autours du corps. Mon style bâton qui danse, ne passe pas inaperçu, l’une des sœurs me prête donc une de ses robes rajput, plus adaptée pour se mouvoir. Dans cette tenue, je me sens l’âme d’une rajput et me fond dans la masse, les femmes sont au petit soin, je suis invitée dans tout les cercles, sollicitée en permanence, les photos fusent, je deviens photographe officiel de la noce. Je participe activement à tout les rituels, les chants, les danses, les sketchs, le tartinage de corps avec une mixture à base de curcuma, la session henné. Je suis aux anges, pour la première fois en Inde, je rencontre des femmes, on ne parle pas la même langue mais ma face de clown et mes capacités de psychomot, nous permettent de communiquer simplement. Plus le temps passe et plus les femmes me dévoilent leur visage souriant, leurs bijoux scintillants, me questionnent sur ma vie (mariée ?? enfants ??), m’expliquent leur lien de parentés.



            Les festivités touchent à leur fin, le 3ème jour, est le jour officiel du mariage, la procession, le temple, l’union des mariés, malheureusement dans cette famille (ou cette caste), les femmes ne sont pas autorisées à assister à cette cérémonie, jusqu’à présent la fête se passait dans la famille du marié, je n’avais pas encore eu l’occasion de voir la future femme, nous passons donc la journée entre femmes, à attendre l’arrivée des jeunes mariés.
            Leur arrivée est loin d’être plein de joie de vivre, la jeune femme vient d’être arrachée à sa famille, elle doit désormais vivre avec une famille d’inconnue, elle semble encore très jeune, les mariés s’étaient-ils déjà vu auparavant ?, beaucoup de mes questions restent sans réponses. Après son arrivée, elle est vite emmenée dans une pièce, entourée de quelques sœurs du marié, elle est à peine autorisée à parler. Quand finalement, on m’invite à aller la saluer, mes sentiments sont confus, je la trouve prostrée dans cette pièce sombre, j’ai cette étrange impression de venir veiller une mourante. On me sollicite encore pour prendre une photo d’elle, j’ai le sentiment que ce n’est pas son souhait, mais je m’exécute. Sur cette photo tant de tristesse émane de ses yeux qu’on distingue à travers le voile. Je quitte la pièce, trop d’émotions, j’ai besoin d’une clope, d’un petit coin pour m’échapper, comprendre.
            Puis encore quelques rituels, l’empreinte de ses pieds, des dons des invités et la jeune femme disparaît à nouveau, je n’aurais qu’une autre occasion de la croiser le lendemain avant mon départ. La fête se finit sans elle, les chèvres ont été tuées pour l’occasion, le repas est délicieux, mais la soirée moins festives que les précédentes.
            Je finis par quitter cette famille, avec des centaines d’invitations, officiellement intégrée à cette famille, mais aucun moyen de les contacter, espérant seulement que le destin me permettra de tous les revoir.

Pfffff emotions en terre Rajput !!!


mercredi 15 mai 2013

Pushkar - पुष्कर



Après une séparation larmoyante, je prends la route pour Pushkar. Dans le bus qui me conduit à la ville, la chaleur me paraît de plus en plus étouffante, l’air qui pourrait rafraîchir, ne fait que brûler la peau, mais ma mauvaise humeur (après 6 mois je ne sais toujours pas gérer la chaleur) ne m’empêche pas d’en prendre plein les yeux. J’observe rêveuse les montagnes rocheuses et plaines arides du Rajasthan, les femmes du bus sont un festival de couleurs, leurs saris flottent au vent laissant apercevoir tout leurs bijoux, des boucles d’oreilles, des chaînes, des bracelets, de la dorure en veux-tu en voilà, sur leur peau mate le spectacle est saisissant.
J’échoue dans un hôtel un peu en retrait de la ville, genre Club Med, avec piscine et gérant fumeur de pétard. Mais ce qui m’a convaincu c’est la réception en moto à la station de bus et la grosse remise sur la chambre. C’est officiellement la saison basse au Rajasthan, la chaleur devient étouffante, les indiens eux même ferment boutique et partent se terrer au frais dans les montagnes !! Et moi, je suis là, dégoulinante, errant dans les rues, rasant les murs à la recherche d’ombre, essayant tant bien que mal d’éviter les brahmans qui vous réclament des donations conséquentes sous couvert de chance et d’un meilleur Karma, « merci mon Karma se porte bien et non je ne te donnerais pas mon argent pour que tu puisse t’acheter une nouvelle moche chemise » (les brahmans étant l’une des castes les plus privilégiées d’Inde).


            Dans cette errance, je finis par échouer dans le resto de ziguouiguoui bouclettes (ziguouiguoui étant le sobriquet donner aux indiens que j’ai rencontré). C’est donc avec lui que j’apprends l’art (que je maîtrisais déjà assez bien) du shanti shanti : la glande par temps chaud. Et au fil de discutions sur les coutumes indiennes et de philosophie sur la vie vue par les hindous, je m’incruste bien comme il faut dans son cercle d’amis. Je suis invitée dans les villages, apprends la préparation des chapatis, vois pour la première fois voler un paon (bah c’est vachement beau !!), danse avec des fillettes devant des clips bollywood ringards, profite des couchers de soleil, et m’éternise shanti shanti dans la ville !! Mais n’apprends toujours pas à prendre des décisions.
Je quitte la ville, un matin, pour Udaipur mais pas vraiment convaincue de partir dans la bonne direction.