lundi 21 janvier 2013

Bonne année Dondet



On avait survécu sans trop de difficultés à la fin du monde, il était donc temps de se pencher sur la soirée du nouvel an. On était chargé d’organiser et vendre aux touristes, notre soirée Lao, avec au menu cochon au barbecue, cocktail laolao et musique pourrie. Pour réussir notre mission, on avait mis tous les atouts de notre côté : la guest-house était pleine de français (au moins 10 personnes seraient présentes, ouf), on avait imprimé des magnifiques tracts pour l’événement, et on avait délégué leur distribution à nos mignons petits autochtones, tout était parfait pour que les bénéfices soient au rendez-vous. C’était sans penser à la guest-house des tipis (oui, il y a des gens qui paient pour dormir dans des tipis en paille et pour se faire réveiller le matin par les buffles qui broutent leur logement) qui avait organisé une soirée plus attrayante, Dj et rhum, et sans penser aux amis Lao qui ont une bonne descente et un petit porte-monnaie.
            Ce dernier jour de 2012 s’annonçait donc chargé, car le lao ne se contente pas d’une soirée pour fêter la nouvelle année, la préparation du repas est une fête en soi. Comme le cochon pesait près de 100 kg, le début des réjouissances était prévu à 7h30 avec le meurtre de l’animal, dont les cris ont réveillé tout le voisinage.
            Une fois la bête tuée, on boit une rasade de laolao, bizarrement les voisins apparaissent au fur et à mesure que l’alcool coule. S’en suit le « dépoilage » du monstre à coup d’eau chaude et de lames de rasoir, puis on l’éventre (pour une cuisson plus rapide) et on l’accroche solidement à des pieux en bambou, fraîchement coupés. Tous les hommes s’affairent, torse nu et clope au bec, s’octroyant régulièrement une dose de leur alcool de riz, et nous, on observe, hallucinés, leur efficacité et on se joint avec plaisir aux pauses alcoolisées, après 3-4 verres, on a le droit à des très enjoués « Bravo, vous êtes désormais des Lao de Dondet » (tu m’étonnes !! il doit être 9h).

            Mon statut de femme touriste (et désormais de Lao de Dondet) me donne la possibilité de glisser aisément d’un groupe à l’autre. Je quitte donc les hommes pour rejoindre les femmes en cuisine, où la musique est à son maximum de saturation et où la bière coule déjà à flot. Mama Louam (la voisine) est une grande amatrice de bière et de danse matinale, c’est donc parti pour une longue session beerdance en sa compagnie, pour le plus grand plaisir des passants, mais beaucoup moins pour celui des gens de la guest !! Une fois la Mama Louam fatiguée (en réalité j’étais la plus épuisée des deux, mais c’est mon récit !!), je repars fouiner chez les hommes, ils sont en pleine préparation de l’apéro-petit-déjeuner, les entrailles fraîchement sorties du cochon, qu’on plonge dans l’eau bouillante et qu’on grignotte naturellement en attendant le plat. Il arrive enfin ; toujours les entrailles, mais ce coup-ci, servies dans un bol de sang encore tiède, mêlées à de la menthe et des épices. Tous assis en tailleur autour du plat, on déguste ce met étrangement  raffiné et succulent (quand on parvient, bien sur, à faire abstraction du fait qu’il est 10h du matin et que c’est du sang qui coule sur vos doigts). Après une dernière session danse, on finit par s’octroyer une pause, sans laolao ce coup-ci, petite sieste et combat de coq. On enfourche nos bicyclettes, et partons à la recherche du combat, pas évident à trouver, encore une excuse pour s’arrêter et prendre une petite bière. On finalement eu raison de ne pas trop se presser, le combat n’est pas des plus passionnant. Deux poulets déplumés à force de combats, déposés dans une petite arène, se tiennent enlacés par le cou, jusqu’à ce que le premier finisse par déployer ses ailes et donner le premier coup de pattes, l’autre riposte alors en glissant sa tête sous l’aile de son adversaire pour venir lui picorer l’aisselle, on retrouve quelques similitudes avec la boxe Thaï !!
            Après cet interlude animalier, chacun part se préparer pour la fête, sans miroir, les préparatifs sont rapides et assez sommaires !! Une fois mon plus beau pantalon déteint et mon plus joli tee-shirt déformé enfilés, je file grignoter dans la cuisine, où les lao décortiquent le cochon, hum c’est bon !! j’ai du gras qui coule jusque sur les coudes. Il est ensuite temps de se resocialise, je vais donc rejoindre les français sagement installés au resto, pendant que dans leur coin les amis lao commencent la fête sur les chapeaux de roue. Il faudra un certain temps pour que le groupe se déride et rejoigne les laos saoules et déchaînés. Mama Louam est déjà couchée, c’est Mama Laï qui prend le relais, et nous gratifie tous de baiser à la lao (j’approche ma bouche de ta joue et je souffle par le nez), sensation un peu curieuse la première fois !!
            Je suis ensuite réquisitionnée pour tenir compagnie à la police dans la cuisine. Mes charmes n’ont visiblement pas suffit à leur faire perdre la tête !! Ils n’ont pas oublié de réclamer l’argent pour le dépassement d’horaire après s’être allègrement servi dans la bouffe et dans la bière (il fait bon être policier au Laos) !!
            Bilan de la soirée : on était loin des 30 touristes espérés, on a bien bu, enfin surtout les lao, le cochon était très bon, la soirée sympathique et le déficit grandissime !!!
Bo peniang et sabaïdi pimay !!

dimanche 13 janvier 2013

Joyeux moisiversaire



            Les travaux sont finis, contrairement à ce qu’on aurait pu croire le rendu n’est pas si mal ; si on fait abstraction des coulures, traces de doigts et des variations de rouge.
            On retrouve doucement le rythme lao, que j’avais gardé à l’esprit, manger, dormir, manger, boire, dormir. Mama Khone continue de nous gaver, je finis vraiment par croire qu’ils ont l’intention de nous manger !!
            Les premiers touristes arrivent, inaugure les bungalows, premières fuites, premiers problèmes de communication. On s’installe dans une petite routine, avec Sam, on joue à la marchande, on compte les billets, prend les commandes, on joue les traducteurs, enfin surtout Sam, parce que moi à part leur apprendre des « oulala », des « oh didondidon » et « paï pipi » (aller faire pipi), mes connaissances en lao sont limitées.
            Noël approchant, les Falang arrivent en masse, la guest-house reste à 90% française, et ça squatte, ça joue à la belotte, ça fait des blagues chauvines, ça évoque avec envie les bons petits plats français, le fromage étant évidemment à l’honneur. Toute la bande de squatteurs est cordialement conviée à la sauterie pour ado, organisée à la « ville » sur le continent. Et comme toujours on n’est pas déçus. Petite balade de nuit sur le Mékong , grosse scène, sons saturés, chanteurs et danseurs ringards, boxe Lao, de la bière et toujours cette curieuse manière d’aborder le dance floor : tous en piste main sur le nez (parce que piétiner à 200 personnes dans une rizières ça fait pas mal de poussière) et hop quand la musique s’arrête, tout le monde court à sa place pour retourner danser 2 secondes plus tard. Et évidemment la bière appelle l’incontournable pause pipi à la lao au milieu d’une rizière. Khone avertit par mes soins, que nos vessies sont pleines, tape gentiment sur l’épaule de sa copine, qui illico sort un sarong de son sac à main imitation cuir, on s’écarte alors de la foule (10M) et on se prête avec le sourire « le sarong pour faire pipi pudiquement en toutes circonstances ».

            Et ainsi de suite, les jours passent, je deviens adepte de l’observation de volailles en milieu naturel, et je m’aperçois avec horreur que mon visa expire dans deux jours, Quoi ??!!! Déjà 1 mois !!! Je ne me sens pas vraiment prête à quitter les lieux, j’opte donc pour la virée de deux jours vers Paksé et la Thaïlande pour remettre à jour mes papiers, j’en profiterais pour faire quelques achats pour remercier la famille de leur accueil si chaleureux.
            La veille du départ, Di (l’adolescente de la famille) m’avoue qu’elle aimerait bien m’accompagner. Je dis « bo peniang » (celui là je le maîtrise bien !!), persuadée qu’il s’agissait encore d’une blague. J’ai vite déchanté en la voyant monter dans le bateau avec moi, toute apprêtée : sarong neuf, chaussettes montantes, haut rose à dentelles et visage tout talqué (comprendre maquillé), bref prête pour la grande ville !! Après tout pourquoi pas, deux jours à la ville avec une ado qui a vu 3 voitures dans sa vie, ça peut être amusant !! Et en effet, les passages de rue se sont avérés très drôles, Di toute stressée, courant les bras le long du corps !!
            Le trajet jusqu’à la frontière se déroule sans encombre, bus local de beaucoup d’autochtones, d’un scooter vaguement tenu par une cordelette qui tapote régulièrement 5 grosses bouteilles de gaz, je reste sereine, au pire le bus n’a pas de vitre, je serais donc vite éjectée !!
            Pour le retour sur Paksé, on se trouve un super covoiturage, c’est moins cher, génial !! Une voiture 6-7 places, clim, sièges confortables, le luxe. On est déjà 8 dans la voiture plus un bébé, pourquoi le chauffeur ne démarre pas ?? Ah ok, en fait on attendait 2 personnes de plus, et c’est partie pour 2h de route, à 11 personnes la clim est étrangement plus vraiment efficace !!
            Une fois arrivées, mon excellent sens de l’orientation reprend le dessus, pour le plus grand plaisir de Di et de ses chaussettes montantes en coton, on se perd et marchons pendant plus d’une heure en plein cagnard, le regard de Di devient de plus en plus agressif !!
On trouve finalement la guest-house miteuse, et après la douche, je propose une petite balade. Bizarrement Di est moyennement emballée, elle finit par céder mais à condition de trouver des vélos. Malheureusement pas des bicyclettes à l’horizon, Di traîne la patte, seul moyen de lui remonter le morale, une boutique de DVD, musique et série Thaï, me voilà replongée dans l’adolescence mais version Lao !!
            Le lendemain, mes tentatives de distractions ont plus de succès, visite d’un temple sur la montagne (je me fais racketter de 10 000 kips, mais c’est pour Bouddha alors on dit rien !!), séance shopping et wahou un escalator dans le marché !!!
            On rentre les bras chargés de cadeaux, bien contentes de retrouver le cocon de Dondet !!  Joyeux Moisiversaire au Laos.