On avait survécu sans trop de difficultés à la fin du monde,
il était donc temps de se pencher sur la soirée du nouvel an. On était chargé
d’organiser et vendre aux touristes, notre soirée Lao, avec au menu cochon au
barbecue, cocktail laolao et musique pourrie. Pour réussir notre mission, on
avait mis tous les atouts de notre côté : la guest-house était pleine de
français (au moins 10 personnes seraient présentes, ouf), on avait imprimé des
magnifiques tracts pour l’événement, et on avait délégué leur distribution à
nos mignons petits autochtones, tout était parfait pour que les bénéfices
soient au rendez-vous. C’était sans penser à la guest-house des tipis (oui, il
y a des gens qui paient pour dormir dans des tipis en paille et pour se faire
réveiller le matin par les buffles qui broutent leur logement) qui avait
organisé une soirée plus attrayante, Dj et rhum, et sans penser aux amis Lao
qui ont une bonne descente et un petit porte-monnaie.
Ce dernier
jour de 2012 s’annonçait donc chargé, car le lao ne se contente pas d’une
soirée pour fêter la nouvelle année, la préparation du repas est une fête en
soi. Comme le cochon pesait près de 100 kg, le début des réjouissances était
prévu à 7h30 avec le meurtre de l’animal, dont les cris ont réveillé tout le
voisinage.
Une fois la bête tuée, on boit une
rasade de laolao, bizarrement les voisins apparaissent au fur et à mesure que
l’alcool coule. S’en suit le « dépoilage » du monstre à coup d’eau
chaude et de lames de rasoir, puis on l’éventre (pour une cuisson plus rapide)
et on l’accroche solidement à des pieux en bambou, fraîchement coupés. Tous les
hommes s’affairent, torse nu et clope au bec, s’octroyant régulièrement une
dose de leur alcool de riz, et nous, on observe, hallucinés, leur efficacité et
on se joint avec plaisir aux pauses alcoolisées, après 3-4 verres, on a le
droit à des très enjoués « Bravo, vous êtes désormais des Lao de
Dondet » (tu m’étonnes !! il doit être 9h).
Mon statut
de femme touriste (et désormais de Lao de Dondet) me donne la possibilité de
glisser aisément d’un groupe à l’autre. Je quitte donc les hommes pour
rejoindre les femmes en cuisine, où la musique est à son maximum de saturation
et où la bière coule déjà à flot. Mama Louam (la voisine) est une grande
amatrice de bière et de danse matinale, c’est donc parti pour une longue
session beerdance en sa compagnie, pour le plus grand plaisir des passants,
mais beaucoup moins pour celui des gens de la guest !! Une fois la Mama
Louam fatiguée (en réalité j’étais la plus épuisée des deux, mais c’est mon
récit !!), je repars fouiner chez les hommes, ils sont en pleine
préparation de l’apéro-petit-déjeuner, les entrailles fraîchement sorties du
cochon, qu’on plonge dans l’eau bouillante et qu’on grignotte naturellement en
attendant le plat. Il arrive enfin ; toujours les entrailles, mais ce
coup-ci, servies dans un bol de sang encore tiède, mêlées à de la menthe et des
épices. Tous assis en tailleur autour du plat, on déguste ce met
étrangement raffiné et succulent (quand
on parvient, bien sur, à faire abstraction du fait qu’il est 10h du matin et
que c’est du sang qui coule sur vos doigts). Après une dernière session danse,
on finit par s’octroyer une pause, sans laolao ce coup-ci, petite sieste et
combat de coq. On enfourche nos bicyclettes, et partons à la recherche du
combat, pas évident à trouver, encore une excuse pour s’arrêter et prendre une
petite bière. On finalement eu raison de ne pas trop se presser, le combat
n’est pas des plus passionnant. Deux poulets déplumés à force de combats,
déposés dans une petite arène, se tiennent enlacés par le cou, jusqu’à ce que
le premier finisse par déployer ses ailes et donner le premier coup de pattes, l’autre
riposte alors en glissant sa tête sous l’aile de son adversaire pour venir lui
picorer l’aisselle, on retrouve quelques similitudes avec la boxe Thaï !!
Après cet
interlude animalier, chacun part se préparer pour la fête, sans miroir, les
préparatifs sont rapides et assez sommaires !! Une fois mon plus beau
pantalon déteint et mon plus joli tee-shirt déformé enfilés, je file grignoter dans la
cuisine, où les lao décortiquent le cochon, hum c’est bon !! j’ai du gras
qui coule jusque sur les coudes. Il est ensuite temps de se resocialise, je
vais donc rejoindre les français sagement installés au resto, pendant que dans
leur coin les amis lao commencent la fête sur les chapeaux de roue. Il faudra
un certain temps pour que le groupe se déride et rejoigne les laos saoules et
déchaînés. Mama Louam est déjà couchée, c’est Mama Laï qui prend le relais, et
nous gratifie tous de baiser à la lao (j’approche ma bouche de ta joue et je
souffle par le nez), sensation un peu curieuse la première fois !!
Je suis ensuite
réquisitionnée pour tenir compagnie à la police dans la cuisine. Mes charmes
n’ont visiblement pas suffit à leur faire perdre la tête !! Ils n’ont pas
oublié de réclamer l’argent pour le dépassement d’horaire après s’être
allègrement servi dans la bouffe et dans la bière (il fait bon être policier au
Laos) !!
Bilan de la
soirée : on était loin des 30 touristes espérés, on a bien bu, enfin
surtout les lao, le cochon était très bon, la soirée sympathique et le déficit
grandissime !!!